Aujourd'hui, on va parler d'une dynamique qu'on retrouve dans énormément de couples en tension : la position haute et la position basse. Un concept né dans le cabinet de Fritz Perls, le père de la Gestalt-thérapie, sous le nom de « topdog / underdog », puis transposé au couple par Terry Real avec ses positions « one-up / one-down ».
L'idée en une phrase : dans beaucoup de couples, l'un se place (souvent sans le voir) au-dessus, l'autre en dessous. Et tant que cette verticalité existe, la vraie intimité est impossible, parce qu'elle ne se vit qu'entre égaux.
D'après Fritz Perls (Gestalt-thérapie, « topdog / underdog ») et Terry Real (Relational Life Therapy, « one-up / one-down »)
D'où vient le concept
Le « topdog / underdog » (souvent traduit « overdog / underdog ») vient de Fritz Perls, le père de la Gestalt-thérapie. À la base, ce n'est pas une dynamique de couple : c'est un jeu que l'on joue à l'intérieur de soi, entre deux parts de notre personnalité.
Le tyran, le critique
Le saboteur, l'enfant qui résiste
Le cercle vicieux : plus l'underdog résiste, plus le topdog devient exigeant et frustré. Et plus le topdog exige, plus l'underdog sabote. Ce dialogue interne épuise l'énergie et bloque la croissance. En Gestalt, on travaille cette polarité avec la technique de la chaise vide : la personne joue tour à tour les deux rôles pour prendre conscience du jeu, et pour que le topdog descende de ses « il faut » pendant que l'underdog sort de la résistance et prend sa responsabilité.
Le passage au couple
Terry Real (Relational Life Therapy) a décrit la version relationnelle de cette polarité : dans les couples en souffrance, l'un occupe souvent la position one-up (supériorité, grandiosité) et l'autre la position one-down (infériorité, honte). Sa thèse centrale : le vrai amour ne demande ni supériorité ni infériorité, mais une démocratie relationnelle. La vraie intimité ne peut exister que quand les partenaires sont « same-as » : à égalité.
Les deux positions
« Je suis au-dessus »
« Je suis en dessous »
Important : ces positions ne sont pas des identités fixes ni une question de genre. On peut être one-up au travail et one-down à la maison, one-up sur l'argent et one-down sur l'affection. Et le même partenaire peut basculer d'une position à l'autre selon le sujet ou le moment. C'est une posture sous stress relationnel, pas un caractère.
Étude de cas · exemple illustratif
Terry Real parle de boucles de rétroaction qui gardent les couples coincés : plus l'un fait X, plus l'autre fait Y, et plus l'autre fait Y, plus le premier fait X. Exemple type :
Résultat : le one-up finit seul(e) au sommet (respecté(e) peut-être, mais pas rejoint(e)), le one-down finit plein(e) de ressentiment silencieux. Personne ne gagne. La verticalité tue l'intimité dans les deux sens.
Pour se situer
Real croise deux axes : l'estime (vertical : one-up en haut, one-down en bas) et les frontières (horizontal : muré d'un côté, sans frontières / fusionnel de l'autre). Ça donne quatre façons de se présenter sous stress relationnel :
▲ One-up · Grandiosité
▼ One-down · Honte
← Muré (trop de protection) · · · Sans frontières (trop de fusion) →
Le travail
Pendant 50 ans, la thérapie a surtout aidé les gens à remonter de la honte. Terry Real insiste : en couple, il faut les deux mouvements. Aider l'un à descendre de sa position haute ET aider l'autre à remonter de sa position basse. Faire l'un sans l'autre ne suffit pas.
À pratiquer
On ne peut pas changer ce qu'on ne voit pas. Simplement remarquer sa position est déjà le premier acte de changement. Questions d'auto-observation :
L'idée la plus importante pour le couple
« Je vaux plus que toi. »
« Je vaux moins que toi. »
La grandiosité et la honte sont deux façons de rater la même chose : la rencontre d'égal à égal. Descendre de sa supériorité ou remonter de son effacement, c'est le même mouvement vu de deux côtés : revenir au centre, là où deux personnes entières peuvent enfin se voir.